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Collagène et inflammation : que disent vraiment les études ?

Collagène et inflammation : que disent vraiment les études ?

Maxime BARRET |

On lit souvent que le collagène serait « anti-inflammatoire ». Qu’en est-il vraiment ? Pour y répondre honnêtement, il faut d’abord distinguer les deux grandes formes d’inflammation, rappeler à quoi sert le collagène dans l’organisme, puis regarder ce que mesurent réellement les études disponibles.

Ce que vous devez retenir

  • L’inflammation aiguë est une réaction normale et utile de l’organisme ; l’inflammation chronique, elle, s’installe dans la durée et doit être prise en charge par un médecin.
  • Le collagène est la principale protéine de structure de la peau, des os, des tendons et des cartilages.
  • Les études qui mesurent des marqueurs inflammatoires après une prise de collagène sont peu nombreuses, hétérogènes et souvent menées chez l’animal.
  • Le collagène ne traite pas l’inflammation et ne remplace aucun traitement.
  • En cas de douleur, de gonflement ou de fatigue qui persistent, consultez un médecin.

L’inflammation : une réaction de défense de l’organisme

L’inflammation est la réponse de l’organisme à une infection ou à une lésion des tissus. Des cellules immunitaires et des messagers chimiques (les cytokines) sont mobilisés sur la zone concernée. Les signes classiques sont la rougeur, la chaleur, le gonflement et la douleur. Cette réaction permet d’éliminer l’agent en cause, puis de lancer la remise en état des tissus (Medzhitov, 2008).

L’inflammation aiguë

L’inflammation aiguë est brève : elle apparaît après une coupure, une entorse ou une infection, puis s’éteint d’elle-même en quelques jours lorsque la cause a disparu. C’est un mécanisme normal, indispensable à la défense de l’organisme.

L’inflammation chronique

L’inflammation chronique est différente : elle persiste pendant des semaines, des mois ou des années, souvent à bas bruit. Une revue publiée dans Nature Medicine rappelle qu’une inflammation systémique chronique est associée à de nombreuses maladies, parmi lesquelles les maladies cardiovasculaires, les cancers, le diabète, la maladie rénale chronique, la stéatose hépatique non alcoolique, les maladies auto-immunes et neurodégénératives (Furman, 2019). Les auteurs citent aussi des facteurs qui peuvent l’entretenir : infections, manque d’activité physique, alimentation déséquilibrée, polluants et toxiques de l’environnement, stress psychologique.

Une inflammation chronique n’est donc pas un simple inconfort : c’est un signal médical, qui demande un diagnostic et, le cas échéant, un traitement adapté.

Le collagène : une protéine de structure

Le collagène est la protéine la plus abondante de l’organisme. On en connaît 28 types (Ricard-Blum, 2011). Le collagène de type I est majoritaire dans la peau, les os et les tendons ; le type II est le principal collagène du cartilage. Ces protéines forment une sorte de charpente, la matrice extracellulaire, qui donne aux tissus leur résistance et leur forme.

Lors d’une inflammation, cette matrice est remaniée : une partie du collagène est dégradée, puis de nouvelles fibres sont produites par l’organisme lui-même. C’est ce lien biologique entre inflammation et collagène qui a fait naître l’idée que prendre du collagène pourrait agir sur l’inflammation. Mais un lien biologique ne suffit pas à démontrer un effet d’un complément alimentaire.

Pour en savoir plus sur la fabrication naturelle du collagène, vous pouvez lire pourquoi la production de collagène diminue avec l’âge.

Ce que disent les études sur les marqueurs inflammatoires

Pour savoir si une prise de collagène modifie l’inflammation, il faut des essais chez l’humain, contre placebo, qui mesurent des marqueurs sanguins (comme la CRP ou certaines cytokines). Ce type d’étude reste rare.

Un exemple d’essai chez l’humain

Un essai randomisé en double aveugle a suivi 24 hommes sportifs amateurs. Ils ont pris 20 g de peptides de collagène par jour, ou un placebo, pendant 7 jours avant un exercice intense (150 sauts en contrebas) et 2 jours après. Les chercheurs ont mesuré la force, la détente, les courbatures et plusieurs marqueurs sanguins, dont des marqueurs d’inflammation. Ils n’ont observé aucun effet du collagène sur les marqueurs inflammatoires (Clifford, 2019). Quatre des auteurs étaient affiliés à Rousselot, un fabricant de peptides de collagène.

Beaucoup d’études chez l’animal ou en laboratoire

Une grande partie des travaux évoquant un effet du collagène sur l’inflammation a été menée sur des cellules en culture ou chez l’animal (souris, rats), avec des doses, des produits et des modèles très variés. Ces résultats aident à formuler des hypothèses, mais ils ne permettent pas de conclure à un effet chez l’humain.

Les études sur l’arthrose mesurent autre chose

On cite souvent, à propos de l’inflammation, des études menées chez des personnes souffrant d’arthrose du genou. Par exemple, un essai de 180 jours chez 191 volontaires a testé 40 mg par jour de collagène de type II non dénaturé (Lugo, 2016). Cet essai a évalué des scores de symptômes remplis par les participants, et non des marqueurs inflammatoires. Il portait sur un ingrédient très différent du collagène marin hydrolysé, et deux de ses auteurs étaient salariés de l’entreprise qui le commercialise. Ce sujet est traité dans notre article collagène et arthrose.

Ce que les études montrent Ce qu’elles ne montrent pas
Le collagène joue un rôle central dans la structure des tissus, qui sont remaniés lors d’une inflammation. Que prendre du collagène modifie ce remaniement chez l’humain.
Quelques essais humains ont mesuré des marqueurs inflammatoires après une prise de collagène. Un effet constant sur ces marqueurs : l’essai décrit plus haut n’en a pas trouvé.
Des effets ont été décrits chez l’animal et sur des cellules. Que ces effets se retrouvent chez l’humain, aux doses habituelles.
Des études sur l’arthrose ont évalué des scores de symptômes. Un effet sur l’inflammation elle-même, ni un effet comparable à celui d’un traitement.

Collagène hydrolysé, type I, type II : de quoi parle-t-on ?

Le mot « collagène » recouvre des produits très différents. Le collagène hydrolysé (ou peptides de collagène) est découpé en petits fragments ; c’est la forme utilisée dans la plupart des compléments, dont le collagène marin, majoritairement de type I. Le collagène de type II non dénaturé, lui, est pris à très faible dose (quelques dizaines de milligrammes) et repose sur une autre hypothèse d’action. Les résultats obtenus avec l’un ne peuvent pas être transposés à l’autre. Pour aller plus loin : collagène de type II ou de type I et les peptides de collagène marin hydrolysé.

Inflammation persistante : quand consulter ?

Consultez un médecin si vous constatez :

  • une douleur, un gonflement ou une raideur articulaire qui durent plus de quelques jours ;
  • une raideur matinale prolongée ou des articulations chaudes et gonflées ;
  • de la fièvre, une fatigue inhabituelle ou une perte de poids inexpliquée ;
  • des troubles digestifs qui persistent.

Seul un professionnel de santé peut rechercher la cause et proposer un traitement. Un complément alimentaire ne remplace jamais un traitement, et il ne faut pas arrêter ou modifier un traitement prescrit sans avis médical.

Si vous prenez du collagène : quelques repères

Si vous choisissez de prendre du collagène marin, les repères habituels sont de 10 g par jour, en cure de 3 mois ; le moment de la prise importe peu (voir la dose de 10 g). Le collagène ne fait pas l’objet d’une allégation de santé autorisée en Europe. La vitamine C, en revanche, contribue à la formation normale de collagène pour assurer la fonction normale de la peau, des cartilages, des os, des vaisseaux sanguins et des gencives (voir faut-il associer collagène et vitamine C). Les précautions d’emploi sont détaillées dans notre article sur les effets secondaires du collagène.

FAQ

Le collagène est-il anti-inflammatoire ?

Non, cela n’est pas démontré. Les rares essais chez l’humain qui ont mesuré des marqueurs inflammatoires n’ont pas mis en évidence d’effet constant, et la plupart des données proviennent d’études chez l’animal. Le collagène ne traite pas l’inflammation.

Quel type de collagène pour l’inflammation ?

Aucun type de collagène n’est reconnu pour agir sur l’inflammation. Le collagène de type II non dénaturé et le collagène hydrolysé de type I sont des produits différents, étudiés pour d’autres questions. En cas d’inflammation, la première étape est un avis médical.

Le collagène peut-il provoquer une inflammation ?

Le collagène est en général bien toléré. Les personnes allergiques au poisson doivent éviter le collagène marin. En cas de réaction inhabituelle, arrêtez la prise et demandez conseil à un médecin ou à un pharmacien.

Peut-on prendre du collagène avec un anti-inflammatoire ?

Aucune interaction particulière n’est connue, mais si vous suivez un traitement, parlez-en à votre médecin ou à votre pharmacien avant de commencer un complément alimentaire.

Sources

  1. Medzhitov R. (2008). Origin and physiological roles of inflammation. Nature. PMID : 18650913. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/18650913/
  2. Furman D. et al. (2019). Chronic inflammation in the etiology of disease across the life span. Nature Medicine. PMID : 31806905. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/31806905/
  3. Ricard-Blum S. (2011). The collagen family. Cold Spring Harbor Perspectives in Biology. PMID : 21421911. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/21421911/
  4. Clifford T. et al. (2019). The effects of collagen peptides on muscle damage, inflammation and bone turnover following exercise: a randomized, controlled trial. Amino Acids. PMID : 30783776. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30783776/
  5. Lugo J.P. et al. (2016). Efficacy and tolerability of an undenatured type II collagen supplement in modulating knee osteoarthritis symptoms: a multicenter randomized, double-blind, placebo-controlled study. Nutrition Journal. PMID : 26822714. https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/26822714/

Cet article a une visée informative et ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé.